Avoir l’esprit critique ne signifie pas critiquer tout et tout le temps. Au contraire, l’esprit critique mesuré à juste dose permet d’avoir une vision claire et factuelle de la réalité ou d’un phénomène. Grâce à l’esprit critique, nous faisons le tri juste parmi d’innombrables informations, vraies et fausses, qui nous parviennent d’un flux constant.
Est-ce que l’esprit critique est un don inné? Oui et non. Certes, il y a des personnes naturellement douées, analystes instinctives ayant une pensée en arborescence, une vision 3D de chaque situation, avec ses tenants et ses aboutissants. Mais le talent seul ne suffit pas pour assurer le succès. Il doit être soutenu par les connaissances acquises, et aussi soumis à l’exercice permanent pour atteindre le niveau d’esprit critique.
Au début, nous allons apprendre à faire le tri entre les différents types de messages et à en sortir les simples faits. Dans l’ensemble d’informations venant des médias, des réseaux sociaux et directement lors des contacts avec des gens, nous avons habituellement peu de faits, enrobés des commentaires plus ou moins directifs, c’est-à-dire contenant les indications et allusions plus ou moins prononcées, et qui nous incitent à ressentir les émotions voulues, à exprimer notre réaction et à agir dans le sens souhaité par l’auteur à l’origine du message. Parler des faits met les gens dans l’embarras, comme si l’on mettait à nu le vrai but de leur communication.
Une fois ayant franchi l’étape des faits, il nous faudra des outils pour avoir notre opinion à leur sujet. Ici, c’est l’ensemble de nos connaissances et aussi de notre expérience de vie, qui seront utiles. Bien sûr, chaque personne a démocratiquement le droit d’avoir son avis. Toute la question est la suivante: sur quelles bases cet avis sera fondé? Les connaissances académiques et plus largement la culture générale ont besoin de temps pour s’installer et s’enrichir au fil des années. Et c’est encore plus vrai en ce qui concerne l’expérience de vie. Celle-ci étant basée sur le vécu des situations, des rencontres, des échanges. Et on ne peux l’obtenir en mode express. Bien sûr, on peut vivre plus intensément, multiplier les échanges et les lectures, en accélérant le processus, mais le facteur temps (incompressible dans l’absolu) restera toujours là. D’ailleurs, c’est plutôt la régularité et la multiplication des petits pas qui sont, à mon avis, plus déterminants que les grandes actions ponctuelles et irrégulières.
Grâce au bagage des connaissances et de l’expérience, nous avons les moyens intellectuels de mieux comprendre l’information que nous traitons avec l’approche de l’esprit critique. Une fois les faits identifiés (et éventuellement vérifiés), nous allons voir plus clair dans les intentions et les intérêts des ceux qui nous les présentent: qu’est-ce qu’ils ont à y gagner? Que veulent-ils obtenir de nous? Et là encore, il faut voir ça sous un angle large: le „gain” n’est pas toujours matériel ou pécuniaire; je dirais même qu’il est en premier lieu personnel ou de nature psychologique. Notre esprit critique permettra de nous engager à juste dose, et d’offrir ce que nous voulons et ce que nous pouvons offrir, sans créer de dégâts pour nous-même, et sans avoir par la suite le sentiment d’avoir été manipulés.
Cette simple démonstration de la suite logique dans le traitement de l’information à l’aide de l’esprit critique nous amène à la conclusion qu’on y est très proche du bon vieux bon sens. Serait-ce une denrée rare au point d’y consacrer un écrit dédié?…
Grâce à cette approche, nous avons plus de chances d’avoir le jugement avisé et de prendre des bonnes décisions dans la vie: reconnaître le mensonge et la manipulation, être conscient des conséquences de nos choix.
