Depuis plusieurs décennies, le progrès social et économique a permis aux populations de plus en plus nombreuses de profiter des biens et des services autrefois accessibles uniquement aux élites. Parmi ces phénomènes, les voyages ont pris une place tout à fait particulière. Qui dirait il y a encore 30 ans que n’importe qui et à n’importe quel âge pourra passer des weekends à des milliers de kilomètres de chez lui, sans compter? Que les navires de croisière plus grands que les villes seront un lieu de distraction populaire à faible coût?
Beaucoup de pays qui sont une destination touristique par excellence, ont bâti leur plan de développement global sur ce secteur si porteur et prometteur, mais peu ont réfléchi sur les risques que porte ce flux ininterrompu des visiteurs. Pourtant, certaines choses étaient faciles à prévoir.
Mais commençons par les avantages que tout le monde a vu: l’essor économique des pays et villes hôtes, les investissements dans l’infrastructure d’accueil et les attractions sur place, l’emploi dynamique pour tout ceux qui y ont trouvé du travail, l’amélioration des indicateurs financiers (balance des changes, croissance) et aussi le bon PR et la réputation du pays et de ses habitants. Vu sous cet angle, le tourisme à grande échelle est une vraie aubaine. Mais jusqu’à quel point? A partir de quel moment c’est un moyen de destruction massive?
Aujourd’hui, les villes et les lieux les plus renommées pour leur caractère touristique sont les premiers à se rendre compte que trop de visiteurs peut les détruire. Au premier rang en Europe: Venise, Barcelone et Dubrovnik, sans parler des sites naturels à travers le monde qui pour se protéger et garder leur caractère ont dû y règlementer l’accès.
Ce qu’on a remarqué dans les villes victimes de leur succès, c’est d’abord une chute de la qualité de vie des habitants: la cherté de l’immobilier, le voisinage „normal” disparu, les incivilités des gens du passage, l’encombrement humain, la pollution, l’épuisement des ressources naturelles et aussi la diminution de la diversité dans l’économie en faveur du seul secteur touristique: la disparition progressive des activités qui n’y sont pas directement liées, notamment les industries de production.
Les villes vidées de leurs habitants deviennent des hôtels-dortoirs géants, et finalement perdent leur caractère authentique qui a initialement attiré les visiteurs. Fréquentées par des milliers d’étrangers, elle sont aussi le lieu où le relatif anonymat encourage des comportements excessifs en les incivilités.
Pour amuser ces visiteurs, et en attirer encore davantage, les régions créent les distractions dont le fonctionnement nuit à l’équilibre naturel: qui a réfléchi au développement durable lorsque tout le sud de l’Espagne est devenu une suite infinie des terrains de golf? Même s’ils sont construits selon les normes les plus rigoureuses et économes en eau, c’est une région qui est structurellement confrontée au stress hydrique. En ajoutant à cela le nombre incalculable des visiteurs et tout accès direct à la mer bétonné jusqu’au bout, en plusieurs lignées – où va-t-on? Est-ce vraiment le progrès?
Une fois les sites naturels et le villes défigurés, peut-on toujours dire que dans le domaine touristique le numéraire emporte sur le qualitatif? Et bien, il faut voir tous les avantages et les inconvénients pour se faire une opinion et prendre les décisions stratégiques à long terme qui vont définir les conditions de vie dans les régions à vocation touristique.
Il est tout aussi important de se poser la question sur les bénéficiaires net de la situation actuelle, notamment la surcharge touristique de certains sites, au-delà des limites rationnelles. A qui profite-elle? On le sait déjà, pas aux touristes eux-mêmes ni aux habitants d’origine. Aux petits employés nécessaires à l’entretien et au service de base? Peut-être aux gestionnaires? Les véritables gagnants sont les propriétaires et spéculateurs immobiliers, les promoteurs-constructeurs et évidemment – les percepteurs des taxes à tous les niveaux: local, régional et étatique. Car même en service et qualité réduits, il y a toujours un du à payer. Pas un du extraordinaire à l’unité, mais lorsqu’il est multiplié par la masse, le montant final est conséquent. Le problème c’est que c’est une vision à court et moyen terme qui commence actuellement à toucher à ses limites. D’où les mouvements citoyens et professionnels vers la règlementation du nombre des arrivées et des modalités des séjours, une véritable tendance de „slow”: dans l’alimentation, dans l’habillement et également dans les voyages.
C’est le temps de changer de vision pour davantage d’harmonie et de durabilité; l’avenir nous dira qui a adhéré au concept du futur et qui s’est entêté à la rentabilité à court terme.
